Dans les clips, les tournées, les campagnes de marques et les émissions TV, une réalité revient souvent dans les discussions des communautés afro-dancehall : des danseur•ses formés principalement “commerciaux” obtiennent des contrats liés au dancehall ou aux danses africaines, pendant que des danseur•ses issu•es directement de ces cultures ne sont pas ou peu représenté•es. L’idée n’est pas de pointer ces danseur•ses mais de comprendre pourquoi l’industrie représente si mal ces communautés.
Une esthétique devenue tendance
Depuis plusieurs années, les danses et même plus généralement les sonorités afro-caribéennes ont explosé à l’échelle mondiale. Les réseaux sociaux, les clips (…) ont rendu ces styles omniprésents. Des artistes internationaux utilisent désormais des mouvements inspirés de la Jamaïque, du Nigeria, du Ghana ou d’autres scènes africaines dans leurs performances.
Le problème n’est pas la popularité mais l’absence des premiers ambassadeurs sur ces scènes internationales et le fait est que l’industrie récupère l’esthétique sans faire travailler celles et ceux qui portent réellement ces cultures depuis des années.
Résultat : des danseurs commerciaux très polyvalents, souvent mieux connectés aux agences, aux Dir. de castings décrochent des contrats qui auraient pu revenir à des spécialistes du style.
Une question de réseau et de formatage
Le monde commercial fonctionne avec ses propres codes. Les directeurs artistiques et chorégraphes cherchent souvent des profils “bankable”, adaptables, rapides à diriger et déjà intégrés aux circuits professionnels.
Les danseurs commerciaux cochent des cases et sont déjà dans leurs radars.
À l’inverse, beaucoup de danseurs issues des danses afro-descendantes viennent de scènes plus communautaires ou “underground”. Leur savoir est parfois transmis, valorisé dans des structures très éloignées des espaces établis par le commercial : battles, soirées, cours (…) Ils peuvent avoir une maîtrise culturelle et technique immense, mais moins d’accès aux structures professionnelles, et donc être moins visibles pour ces opportunités.
Le résultat crée un déséquilibre : ceux qui ont construit, font vivre les styles ne sont pas toujours ceux qui en vivent le plus.
Le problème de la “surface”
Un autre reproche fréquent concerne l’exécution des styles. Certains danseurs commerciaux apprennent rapidement quelques mouvements tendances sans comprendre leur origine, leur musicalité ou leur intention.
Dans le dancehall par exemple, chaque geste peut avoir une histoire, un créateur, un contexte social ou politique. Beaucoup de steps viennent de quartiers populaires jamaïcains et portent une mémoire collective. Les reproduire sans crédit ni compréhension peut être vécu comme une forme d’effacement culturel.
Plus largement, pour toutes les danses afro-descendantes : réduire ces styles à une “énergie solaire” ou à une simple esthétique TikTok invisibilise souvent la richesse des scènes locales africaines, afro-caribéennes.
Évidemment, un•e danseur•se commercial•e peut très bien s’intéresser à ces styles, il n’est pas question de faire une généralité mais de mettre en avant une absence totale de connaissance de la part de ceux et celles qui sélectionnent les artistes.
Le débat devient surtout problématique lorsque :
- les créateurs originaux ne sont jamais crédités ;
- les communautés sources sont sous-payées ;
- les opportunités ne reviennent qu’aux profils déjà privilégiés ;
- les styles sont édulcorés pour devenir “plus bankables”.
Une industrie qui consomme les cultures
Ce phénomène dépasse la danse. Dans la musique, la mode, les industries ont souvent tendance à adopter ce qui vient des marges, des cultures une fois que cela devient rentable.
Les danses afro-descendantes, aujourd’hui qui génèrent des vues, des tendances et de l’argent, elles sont massivement exploités – parfois sans redistribution réelle vers leurs scènes d’origine.
C’est là que naît la frustration de nombreux danseur•ses : voir leur culture devenir mainstream sans voir leurs conditions évoluer.
Vers une meilleure reconnaissance
Des solutions commencent toutefois à émerger :
- davantage de crédits pour les créateurs de moves ;
- des castings plus spécialisés ;
- l’intégration de consultants culturels ;
- des workshops dirigés par des pionniers des styles ;
- une meilleure éducation historique dans les studios.
De plus en plus d’artistes cherchent aussi à engager directement des danseurs issus des cultures qu’ils représentent. Les réseaux sociaux permettent également à certains créateurs originaux de gagner enfin une visibilité internationale sans passer par les circuits traditionnels mais ça reste insuffisant.
Le vrai enjeu : respect, accès et reconnaissance
Au fond, le débat ne consiste pas à dire qu’un danseur commercial n’a pas le droit de danser du dancehall ou d’autres styles afro-descendants. La question est plutôt : qui bénéficie réellement de ces cultures ?
Quand un style devient populaire, ceux qui l’ont créé devraient pouvoir accéder aux mêmes opportunités économiques, médiatiques et artistiques que ceux qui le reproduisent. Sans cela, l’industrie transforme des cultures vivantes en simples tendances éphémères.
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Contribution pour améliorer l’article : @haniel_smile
