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Rex Clun : lieu emblématiue de la house culture parisienne ?

Boulevard Poissonnière, on ne peut pas louper la façade du Grand Rex Classée monument historique, elle est l’un des derniers grands cinémas Art déco de Paris. Mais ce que beaucoup ignorent en levant les yeux vers les néons, c’est ce qui se joue quelques mètres plus bas.

L’histoire du Rex Club

  • 1932 – Le Grand Rex ouvre son sous-sol – Le lieu prend le nom de “Le Rêve”.
  • 1973 – le Rêve épouse le disco et devient le Rex Club.
  • 1988 – un soir DJ Ramon (Personne ou presque ne sait encore qu’il s’agit de Laurent Garnier) joue une musique d’un nouveau genre : l’Acid House.
  • 1992 et 1994 – les fameuses soirées Wake Up, programmées par Garnier et Éric Morand. Derrick May, Lil’ Louis, Carl Cox, Ron Trent, Jeff Mills s’y croisent, aux côtés de Daft Punk ou DJ Deep. Ces nuits placent Paris sur la carte mondiale de l’électro. Et le rapport avec les danseur•ses ? C’est à cette époque que le Rex entre dans la mémoire d’une autre communauté : celle des danseur•ses. À la fin des années 90, alors que la house parisienne se structure, les clubs dont le Rex deviennent des terrains de training à ciel fermé. Et ceux•celles qui en parlent le mieux, c’est ceux qui ont vécu cette époque.

Les années 90 : le Rex Club le rendez-vous des house dancers ?

Témoignage de Sharx

Transcription écrite de l’audio

Ah, le Rex, le Rex Club ! C’était un grand rendez-vous, ça aussi. Un lieu mythique dans lequel on se retrouvait pour aller danser, s’entraîner, de l’ouverture à la fermeture. C’était incroyable. On y allait avec le Crew, Queen Step. Y’avait toujours aussi Mission impossible, Hicham, Hidi, toujours là. Et on dansait, on dansait, on dansait, on faisait que ça. J’me souviens, l’atmosphère était vraiment underground. Je me souviens de cette salle noire avec cette lumière rouge, et t’étais vraiment en immersion dans le club. Les DJ toujours fat, lourds. Et on dansait et on dansait, on dansait, on s’arrêtait pas. Jusqu’au petit matin. Voilà, c’était ça le Rex.

Pour moi le Rex c’est vraiment fin 90 – début 2000 où l’on commençait à aller en Club House avec Septieme Sens et en tant que novice je me rappelle surtout de certains détails comme par exemple le contraste entre la devanture singulière du Cinéma et ce monde parrallèle dans ces sous-sols où tout commençait dès la descente des marches et cette gifle du son quand tu passais les portes et de croiser des danseur•ses à différents endroits du club malgré une configuration intimiste.

Clara Bajado

Témoignage de Didier Firmin

Transcription écrite de l’audio

Ma découverte entre guillemets en tant que danseur pour le Rex Club, c’était en 1997, exactement avec les soirées Legends de DJ Deep. On y allait pour voir les artistes qu’on ne pouvait pas voir ailleurs, qui n’étaient pas programmés ailleurs, l’ambiance qui reflétait New York, parce qu’à l’époque on ne pouvait pas voyager. Donc les artistes comme Ron Trent, Joe Clossel, Kerry Chandler, Joe Vaughn et autres. On y allait pour voir ces artistes-là jouer. Et en tant que danseur, on était sur le dancefloor, dancefloor en bois, assez magnétique, et le sound system qui était ouf(…) A cette époque-là, on n’était pas trop nombreux, mais on restait des passionnés.

Témoignage de Jihene

Transcription écrite de l’audio

Ça m’a été accessible par le biais d’un danseur qui lui était un fou de Techno et Deep House et qui m’a du coup ramenée là bas et je dirais que c’était dans les années 2000. J’y suis allée une dizaine d’années je pense que la dernière soirée que j’y étais avant de ne pas y aller pendant un moment ça devait être en 2014 et après j’ai fait un break. J’y suis retournée il y a 3 mois à peu près il y avait Marcellus Pittman qui passait et Typiquement, c’est un producteur et un DJ que je suis, j’aime beaucoup sa musique, je danse beaucoup sur ses sons. Donc, quand le gars vient, je me déplace. Pour moi, c’était un club emblématique parce que le setup. C’est collé au cinéma. Le lieu, il est chanmé. À l’intérieur, c’est super beau. C’est incroyable. Même s’ils ont changé, c’est une autre déco, mais déjà, à l’époque, c’était super beau. Il y avait un bête de sol. C’était vraiment toute une ambiance, toute une atmosphère qui était propre à ce club-là.

Témoignage de Didier Firmin

Transcription écrite de l’audio

Maintenant, pour moi en tant que DJ, c’était un peu plus tard, dans les années 2000. J’ai eu l’occasion de mixer là-bas. Du coup, je me retrouve de l’autre côté, dans la cabine. Grand moment pour moi. Moment chaleureux avec le public qui était là, et qui donne d’une manière assez directe et gratuite. Et le sound system, pareil en tant que danseur ce que je recevais ! Super expérience ! Ça reste mémorable parce que c’est une boucle qui se fait en tant que danseur et en tant que DJ. Pour faire court, grand moment, symbolique pour les danseurs et les passionnés. (…) C’est un lieu mythique, le Rex.

Témoignage de Mamson

Transcription écrite de l’audio

La première fois que j’ai entendu parler du Rex Club, c’est avec Babson et Yugson, à l’entraînement. À chaque fois, ils parlaient du Rex, des échanges qu’ils ont pu faire, des sons, des délires qu’ils ont pu avoir là-bas. C’était tout le temps comme ça, le Rex, le Rex. C’est comme ça que j’ai entendu parler du Rex la première fois. À l’époque, j’étais b-boy… Et du coup, j’étais curieux.

Témoignage de DJ Rzo

Transcription écrite de l’audio

L’un de mes clubs favoris que j’ai fréquenté depuis les années 90, 95 on va dire, dont j’ai pu suivre énormément de DJ internationaux et locaux français. Et partager  mon atmosphère, ma vibe en tant que danseur, avec notamment pas mal de danseurs de house. C’était vraiment, comme on dit chez nous, un refuge, un shelter en anglais. Et on y allait tous les jeudis. Il y avait une soirée qui s’appelait Soirée Legends, où c’était très souvent DJ Deep français qui organisait cette soirée. Et c’était mes premières soirées au Rex, que j’ai partagées avec les Mission Impossible, Queen Step à l’époque et tout.

Témoignage de DJ Deep

Transcription écrite de l’audio

En tant que DJ, j’ai toujours eu un rapport particulier avec les danseurs de house. Je trouve que dans une soirée, c’est un subtil équilibre entre l’importance de la musique et la danse. Le DJ n’est rien sans les danseurs et les danseurs ont bien sûr besoin de la musique pour pouvoir s’exprimer pleinement. Je me souviens au début des années 90, il y avait un tel métissage dans le public que c’est la danse qui réunissait tout le monde à l’unisson de la musique, et c’est ce qui nous a plu tellement à nous tous DJ.

Témoignage de Mamson

Transcription écrite de l’audio

C’était la première fois que j’allais dans un club house. Et c’est aussi la première fois que j’ai rencontré les Mission Impossible, les Septième Sens, Meech, voilà, tous les house dancers de l’époque. Donc, je suis rentré et je me suis installé. Je n’ai pas dansé, j’ai observé, j’ai écouté la musique. Je me suis imprégné de l’univers du Rex.

C’est un club mythique de l’époque, dans les années avant 2000 et après 2000. On parle plus du Queen et de la Coupole, mais en fait, le Rex fait partie aussi des clubs incontournables parce qu’il y avait des grands DJ qui allaient là-bas. Il y avait DJ Deep qui était résident le jeudi soir, si je m’en souviens bien, pendant pas mal de temps. On y allait tout le temps. Et puis, il y avait des grands DJ comme Kerry Chandler et tout qui passaient au Rex. Et du coup, il y avait beaucoup d’échanges entre les danseurs, beaucoup de rencontres.

Hidi

Témoignage de Jihene

Transcription écrite de l’audio

On m’a dit d’y aller, j’y suis allée. J’ai découvert et j’ai pratiqué. Je me suis ancrée dans la Deep House et la techno par le biais de ce club-là. En partie, en étant sur Paris. Je dis en partie parce qu’il y a plein d’autres portes. Moi, je n’ai pas connu l’époque où il y avait beaucoup de danseurs qui y allaient, je suis arrivée un peu après. Et ensuite, les personnes avec qui j’allais en club, c’est des personnes qui allaient au Rex déjà depuis très longtemps, qui étaient graves initiées. Donc moi, j’y suis allée, c’était un peu une initiation. C’était un peu une transmission aussi de ce lieu là par des personnes qui, y allaient beaucoup, beaucoup, plus tôt et qui avaient cette habitude-là. Ces personnes-là, pour les nommer, il y avait Otrip et Zoher et Jalil, Cédric, Lukens principalement. C’est vraiment avec eux que j’ai plus fait le Rex.

Témoignage de Hicham

Transcription écrite de l’audio

On écoutait les émissions de DJ Deep sur Radio FG, c’est comme ça qu’on a appris qu’il y avait des soirées au Rex, les Soirées Legends. C’était à l’époque du Queen, 96, donc on allait le mercredi au Queen et puis après le jeudi, Soirées Legends de DJ Deep. Cyril nous a bien accueillis, il y avait vraiment une bonne vibe et tout. On a fait connaissance comme ça, on ne savait pas qu’il y avait une danse qui se faisait sur ce type de musique. Il y avait des soirées de ouf tous les jeudis. Il y en a une particulièrement ouf, c’était avec Kerry Chandler. Y’avait moi, Hidi, Aziz, les gars du crew Queen Step qui étaient là. Nous on donnait l’info à chaque fois. Moi j’essayais toujours de trouver des clubs house, à l’époque c’était vraiment French Touch et tout. Nous on était Hip Hop Freestyle, c’était vraiment une époque, c’était vraiment les prémices, c’était vraiment le début de ce délire, de faire le lien, le lien avec la culture Hip Hop et la culture électro, House, etc.

Témoignage de DJ Deep

Transcription écrite de l’audio

Je pense aussi que j’ai une telle admiration pour un DJ comme Patrick Wilson, parce qu’il est danseur, et la manière dont il joue les disques, il insuffle une énergie, un flow continu, et tout en  rafraîchissant en même temps. Je pense seul un danseur arrive vraiment à insuffler dans un set de DJ donc c’est un peu la boucle est bouclée, c’est un grand danseur qui devient un grand DJ comme il y a des DJ qui peuvent être en connexion avec des danseurs je trouve que c’est vraiment une relation amoureuse autour de la musique qui est super importante ce rapport DJ, danse, musique C’est quelque chose d’assez unique dans la house, en tout cas pour moi.

Témoignage de DJ Rzo

Transcription écrite de l’audio

Et en tant que danseur, j’ai vraiment vécu de sacrés moments. Les gens y allaient pour vraiment passer un moment convivial, danser ensemble, chanter ensemble. Et ça, c’était vraiment impressionnant. J’en garde des souvenirs comme si c’était hier. C’est le club par excellence que je fréquentais très souvent. Et j’ai eu aussi le privilège de jouer dans cet endroit il n’y a pas très longtemps. C’était bien avant le Covid, malheureusement. Mais j’étais comme un enfant ce jour-là, ce soir-là, pardon. Et savoir qu’un des très bons DJ français, notamment parisien, il y officiera très bientôt, c’est que du bonheur pour lui. Je pense qu’il va passer un très très bon moment.

L’événement Lost in the Dance, le come back de la communauté House Dance au Rex?

Je n’ai jamais été au Rex, à l’époque de ces soirées là je n’étais pas présent mais j’en ai tellement entendu parler que je ne peux qu’être celui qui fera partie de l’histoire du Rex aujourd’hui, pour faire vivre le futur. Je me dis qu’il y a réellement quelque chose à faire. Lost in the Dance n’est pas un simple événement – c’est une déclaration d’intention. Celle d’un club qui, après plus de 35 ans d’existence, souhaite revoir son lieu ambiancé par les danseur•ses, je veux qu’on redonne de la vie au lieu, je veux voir la communauté réinvestir cet espace.

Kapela