Les Jeux Olympiques de Paris sont terminés, il est donc temps de faire le bilan sur l’intégration pour la 1ère fois du Breaking aux JO, cela a-t-il été une réelle opportunité ? Ou au contraire ?
A la genèse, de nombreux acteurs.ices ne voyaient pas d’un bon œil ce projet : le Breaking au sein d’une compétition purement sportive ?
En effet, cela soulève la question d’appartenance à la culture ou le sport ? Sur le long terme, cette question peut avoir des répercussions notamment sur les subventions accordées d’où l’inquiétude de certains acteurs.ices du milieu. Et dans le cadre de le compétition, une peur de dénaturer la danse pour qu’elle soit plus en accord avec les attentes sportives. Même si la performance sportive est là, le Breaking n’en reste pas moins de la danse, qui relève donc de l’art et de la culture. Malgré les divergences, le projet abouti, le Breaking est annoncé pour les Jeux Olympiques.
Les Jeux Olympiques : impact positif sur l’économie du Breaking, mais qu’en est-il de la street culture?
Au début, très peu de promotion faite. Cette participation est restée longtemps floue. Mais, pendant ces 4 ans et encore plus sur la dernière année, on a pu voir que de nombreuses structures, évidemment motivées par les JO, cherchaient à programmer du Breaking.
En revanche, pour le reste de la street culture, ce rayonnement n’a pas forcément touché plus de disciplines, les structures voulaient voir essentiellement du Breaking sans forcément s’intéresser à d’autres danses.
Et comment s’est déroulé le Breaking pendant les Jeux Olympiques ?
Pendant la compétition, le retour souvent entendu est que le grand public n’a pas été assez éduqué à cette pratique : “très peu d’explications sur les critères, le jugement, tout était très opaque, on a compris ce qu’on a compris (…) – source émission L’équipe “JO Paris 2024 – Le breaking est-il LE flop de ces Jeux ?”.
En terme d’énergie, à travers l’écran elle n’était pas au rendez-vous mais sur place on nous a assuré que l’ambiance était là. Le format était de qualité certes, mais à distance la restranscription était trop lisse, trop propre, il manquait “ce gros bordel” qu’on adore quand les crews se font face.
Et après les JO, un gain de visibilité pour le Breaking ?
Par la suite, on n’a très peu vu les médaillé.e.s médiatisés, en France du moins. Mais cela reste normal, de nombreuses autres disciplines moins connues du grand public ne peuvent pas s’attendre à avoir autant de visibilité que la boxe par exemple.
A l’image des autres athlètes – et l’intérêt aussi d’une telle compétition pour eux – on a observé des sponsors, des marques miser sur les B-boys & B-girls qui ont su se démarquer. Actuellement, par exemple, Danny Dann est sponsorisé par Reebok, fait aussi partie de Starting Blok (l’agence de Booba) et Syssy est sponsorisée par Adidas.
Allons-nous voir davantage d’investissements sur les prochaines années pour les artistes issu.e.s du Breaking?
Malheureusement, à l’heure actuelle internet semble trop occupé à créer des memes sur la B-Girl australienne Raygun. Ce qui nous attriste car il semble que ce bad buzz vient invisibiliser le reste de la discipline et ses artistes. Quand on voit des médias mainstream surfer sur cette trend ça ne renvoie pas l’image du Breaking – et à tort – comme une discipline sérieuse aux yeux du grand public.
Par ailleurs, cette dernière a partagé une vidéo sur son compte où elle demande de stopper ce harcèlement. Elle explique être dévastée par la haine reçue ces dernières semaines et a explicitement demandé aux médias d’arrêter d’harceler sa famille, ses ami.e.s et la communauté australienne de Breaking.
Prises de parole médiatiques : où étaient les activistes de notre culture pour partager leur expertise sur le Breaking ?
De manière générale, on déplore les prises de parole des médias généralistes et de sport qui ne pensent pas à inviter des acteurs.ices du milieu ou même les médaillé.e.s. La majorité des émissions se font sans les activistes réels de la culture qui pourraient davantage éduquer le grand public et défendre aussi le Breaking face à certains propos tenus.
Étant une discipline sélectionnée par le pays d’accueil, les prochains Jeux Olympiques se feront sans le Breaking à LA, les US ayant préférés mettre de nouvelles disciplines.
Mais si cela se reproduit à nouveau, quel bilan pouvons-nous réellement en faire ?
Pour rappel, les Jeux Olympiques ce sont 9,5M de billets vendus, 8,8M de contenus publiés en lien avec l’événement (source J’ai un pote dans la Com’) alors en termes de visibilité c’est une opportunité indéniable pour la culture.
Pour l’économie aussi cela a eu des effets positifs. Et on espère que les structures ont pu constater le potentiel et l’impact de nos artistes pour reconduire et étendre leur intérêt au-delà du Breaking.
Pouvoir toucher un nouveau public c’est aussi s’assurer de maintenir une nouvelle génération, si nous restons uniquement entre nous la culture finira par s’essouffler alors casser les codes et se montrer sur ce genre de compétition ça fait partie de la promotion à grande échelle, même si tout n’était pas parfait, ça reste historique, c’est important de le souligner.
