LES GENS FINIRONT PAR M’AIMER OU PAR FAIRE SEMBLANT, AU FIL DES ANNÉES, C’EST DE PLUS EN PLUS VRAI.
Kiudee
Connue pour sa plume affûtée, elle est l’une des premières à écrire sur les danseurs.ses. L’écriture l’a amenée à s’impliquer toujours plus loin dans la communauté, jusqu’à devenir une figure emblématique de la danse en France.
“DE LA MÊME MANIÈRE QUE LES DANSEURS AIMENT DÉCRYPTER LES MOUVEMENTS, MOI J’AIME DÉCRYPTER LES MOTS”
«Vers 14-15 ans, j’ai commencé à écrire sur la danse pour le média Likethismoove qui se voulait être un réseau social pour les danseurs et recherchait des journalistes. Déjà, à l’époque, j’étais dans la dynamique où il faut publier vite après les évènements car après la hype, elle passe. Ils mettaient 2 semaines à publier mes articles, c’était trop tard ! Du coup, j’ai lancé mon propre blog… C’est comme ça que mon média est né : STRITER».
Sur son blog, elle impose ses propres règles. Ses articles sont en slam, car son truc à elle c’est la poésie. On y retrouve des interviews – notamment sa première avec Waydi, ses reportings de battles mais surtout, ses lettres ouvertes engagées.
Elle le répète plusieurs fois : elle n’est pas passionnée de danse mais d’écriture. Déjà jeune, elle avait conscience que ses analyses ne plaisaient pas toujours : “Heureusement c’était pertinent car à l’époque les gens étaient plus durs sur ce qui sortait [sur le net], surtout quand t’étais la seule à écrire sur eux. Je me prenais de vraies rafales sur Internet. J’ai toujours eu la bonne mentalité pour me détacher de ça – mais si j’avais été plus faible, ça aurait été compliqué”.
“Un peu drama queen sur les bords”, elle se met en scène durant les battles : «Quand j’écrivais avec le bleu, ça voulait dire que j’aimais ce que je voyais et le rouge, que j’étais en train d’écrire une dinguerie (…) Et du coup, les gens venaient voir ce que j’écrivais le soir directement».
Aubervilliers, 20 novembre 2011 à l’Open Cercle
L’implication dans la danse par l’écriture prend un autre sens pour elle : “c’est là où j’ai vraiment aimé la danse, par sa communauté (…) J’étais une L par excellence (…) moi, mes livres et mes cahiers c’est tout, dans mon coin à observer. Et j’arrive dans cet événement où tout le monde se connaît, danse ensemble, je trouvais ça trop lourd ! À la fin du battle, ma mère vient me chercher et je lui dis :
« Je veux vivre ça tous les jours ! ».
Et depuis c’est le cas. La danse est devenue son quotidien. Avec un rôle, un statut particulier au sein de la communauté qui lui conviennent parfaitement.
Le fait d’écrire sur la danse, d’être l’une des premières à le faire, ça a créé un lien avec les danseurs vraiment différent.
Kiudee
DU BLOG STRITER, À LA PLATE-FORME NBA PUIS À KÜD AGENCY
Elle confie qu’après 7 ans à faire tous les battles tous les week-ends, elle avait l’impression de n’avoir plus rien à dire et nourrissait l’envie de contribuer autrement à la communauté. Elle lance alors NBA (Not Babies Anymore) en 2016, une plate-forme valorisant les jeunes talents de -18ans dans la danse et dont l’événement éponyme les révèlera.
Tous les 5 ans, Kiudee aime se lancer de nouveaux challenges : “Si j’ai fait 1 projet lourd, je peux en faire mille ! Je n’associe pas ma réussite à la pérennité d’un projet unique : j’ai plusieurs cordes à mon arc, je tiens à rester créative & à faire des projets qui soient à l’image de qui je suis quand je les crée. Tant que cela reste effectif et bénéfique pour la culture & moi-même.”
Comme souvent, ses projets ne répondent pas en premier lieu à une volonté de répondre à un besoin – bien qu’ils se révèlent le devenir. La création de l’agence KÜD en est un bel exemple car c’est Rubix qui, la voulant comme manager, la pousse dans cette direction. La rencontre inopinée avec son ancien tuteur de stage devenu son associée formalise ce nouveau projet qui prend vie durant la pandémie de 2021. Aujourd’hui, KÜD c’est 5 artistes et une équipe qu’elle compose autour d’eux afin de les accompagner dans leurs carrières.
“SI JE N’AVAIS PAS ÉTÉ UNE FEMME NOIRE, ÇA AURAIT PU ETRE PLUS COMPLIQUÉ POUR MOI”.
Elle le précise elle-même : «Sur STRITER, j’avais une façon d’écrire assez affûtée et parfois assez tranchée. À l’époque, si j’avais été un mec, on m’aurait tapé, c’est sûr ! (rires) Je ne peux pas nier aussi qu’a contrario, au vu de mon implication et de mon évolution, les gens qui ne sont pas fan de mon travail auraient sûrement parlé d’appropriation culturelle.»
Pour elle, son genre ou sa couleur n’ont donc jamais été un obstacle – mais plutôt une chance qu’elle a su faire devenir une force qui la pousse dans ses retranchements. Savoir qu’elle a l’appui de sa communauté en ayant prouvé sa légitimité au fil des années l’aide dans ce qui est devenu le combat de toute une vie : défendre la danse face à la société.
«Des fois, ça démoralise tout ce qu’il nous reste encore à faire mais je me dis que le combat vaut la peine : je vois encore trop de danseurs.ses qui n’ont pas la place, la reconnaissance, la rémunération qu’ils.elles méritent.»
LA PLACE DE LA DANSE DANS LA VIE DE KIUDEE
C’est souvent qu’on lui demande pourquoi elle ne danse pas du Hip-Hop. À cette question, elle répond : «Je sais où est ma place, il y a plein d’opportunités dans la danse, plein de métiers qui peuvent être utiles aux danseurs.ses et il n’y a pas besoin d’être danseur.se pro pour les faire. À titre personnel, monter mon agence en connaissant la culture de l’intérieur fait toute la différence : je sais réellement pour qui et pourquoi je me bats.».
Elle souligne aussi la fascination qu’elle a pour ces artistes : leur passion sans faille et leurs côtés versatiles en tout temps qui mérite que l’attention de professionnels et qui la pousse à se structurer pour encore mieux les aider.
LE CHARME DE SON PREMIER BATTLE À AUJOURD’HUI
L’écriture lui manque, mais encore plus l’engouement autour de la danse. Elle trouve que cela s’est perdu : «On donne plus notre avis qu’il soit bon ou mauvais. Avant, on s’intéressait davantage à ce qui se passait dans la communauté». De plus, elle aimerait voir encore plus de diversité chez les danseurs. Selon elle, ce sont les effets d’une transition sociétale: « Avant, les danseurs cherchaient à trouver leurs identités, à être différent, connaître leurs corps pour ensuite s’exprimer – alors que maintenant, l’envie d’être musical a pris le dessus afin d’être performant et viral. Il y a moins de profondeur mais il y a de nouveaux profils intéressants et ça, c’est cool !»
C’est quoi qui te donne la force et l’envie d’aller toujours plus loin pour la danse, pour les danseurs.ses ?
« J’AI ENVIE D’ÉCRIRE UN LIVRE SUR MA PREMIÈRE DÉCENNIE, C’EST MON PROCHAIN PROJET, J’AIMERAIS PRENDRE TOUT CE QUE J’AI FAIT DE 2010 À 2020
Kiudee
ET SORTIR ÇA ».
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