La semaine dernière on a découvert le trailer de Raygun, Breaking Badly, annoncé pour la rentrée sur Netflix, et ça nous a posé de grosses questions.
Retour Rapide sur « l’affaire Raygun »
A l’été 2024, on avait globalement été mal à l’aise. D’un côté on ne pouvait pas dire qu’on avait apprécié la performance de la b-girl australienne Rachel Gunn aka Raygun.
D’autant plus que c’était la seule image qui restait dans les esprits de la seule fois où le breaking se retrouvait aux Jeux Olympiques.
De l’autre la vague mondiale de moqueries, d’insultes et de harcèlement souvent mysogine subi par la danseuse nous avait particulièrement dégouté.e.s.
On le rappelle et on maintient, aucun jugement artistique (qui est toujours hautement subjectif et personnel, que la majorité du monde le partage ou non) ne justifie le harcèlement et la violence verbale, en ligne ou en personne.
Quoi qu’on pense de son niveau ou de sa performance, le B-boy slovaque et juge de l’épreuve Martin Gilian aka MGbility rappelle que le breaking (comme la danse en général) valorise l’originalité, ce que Raygun est allée chercher dans la figure du kangourou. Il souligne aussi que la B-girl, d’un moins haut niveau que son adversaire, n’avait reçu aucun point et n’avait pas pu continuer la compétition, et il n’y avait donc plus rien à en dire.
Fin de l’histoire ? Apparemment non.
Aujourd’hui, Netflix consacre un documentaire à l’affaire, et ça pose question
Cette semaine la plateforme a annoncé qu’une de ses productions reviendrait sur l’affaire virale dans leur émission Untold (L’envers du Sport en français), une série de documentaires sur des moments marquants des grandes compétitions sportives produite depuis 2021.
Depuis, plusieurs membres des communautés breaking et de danse en général déplorent que Netflix ait choisi cette affaire pour représenter le Breaking pour la première fois sur leur plateforme.


Publication wshtv & mc.tony.badman à gauche / Publication lifted.asia à droite
La question est plus que légitime, et chez Hippoh on a essayé d’apporter deux-trois éléments de réflexion pour essayer d’y voir plus clair.
Avant toute chose, on peut comprendre le choix fait de Raygun.
Après une vague de harcèlement qui lui a fait quitter tous les réseaux ce documentaire est l’occasion pour la B-girl australienne de s’exprimer et de reprendre le contrôle de son histoire et de rétablir quelques faits.
On avait par exemple accusé la b-girl d’être la raison du non renouvellement du Breaking aux JO 2028 de Los Angeles. En réalité, la discipline n’avait jamais été étudiée par le comité états unien, avant même Paris 2024.
Beaucoup avaient aussi accusé Raygun d’avoir été sélectionnée lors d’évènements jugés par son mari, ou d’avoir acheté sa place en équipe olympique. Des faits débunkés depuis par le comité olympique.

source : https://ici.radio-canada.ca/sports/2096869/breaking-rachael-gunn
Mais au fond, la vraie raison qui explique pourquoi Netflix s’intéresse à Raygun et pas aux champions Olympiques ou à la culture breaking en général c’est la logique économique des plateformes de streaming. Et ça on ne peut pas y faire grand-chose…
En gros, avant Netflix avait un financement illimité grâce aux marchés financiers, et produisait plein de contenus, parfois niches, pour attirer le plus grand nombre d’abonnés.
La plateforme nous laissait même volontairement partager nos identifiants pour nous rendre tous accros !
Avec ce modèle, on pouvait avoir des contenus « niche », ou des cartes blanches à des créateurs for the culture (par ex The Get Down, 2016, sur les débuts du hip hop ou encore Hip-Hop Evolution, 2020, sur l’évolution du genre, des années 1970 à 2000). Maintenant, les actionnaires demandent à la plateforme d’être rentable : ça veut dire moins de contenus, moins chers, et plus d’abonnements, plus chers (ou alors de la pub !).


Alors pour Netflix comment résoudre le problème ?
Eh bien exit les contenus « niche ». On produit du viral, du viral du viral, et si possible, du viral international. Et on ne cherche pas plus loin que les affaires qui ont enflammé les médias et les réseaux. Par exemple, le documentaire de 50 Cents sur Sean Combs/P Diddy. Si on peut produire un seul contenu qui parle à la terre entière et génère des abonnements partout dans le monde, même si c’est « juste pour voir », alors on y va.
Et c’est là qu’arrive Raygun.
Pour Netflix, le breaking n’a jamais été le sujet.
D’ailleurs, Raygun, Breaking Badly est un épisode d’une série consacrée au sport, où elle côtoie basketball, Formule 1, etc.
Donc qu’est-ce qu’on peut attendre de Netflix sur le sujet, ou sur d’autres qui nous concernent ?
Notre opinion, c’est que probablement pas grand-chose.
Nos cultures restent relativement underground, et Netflix ne s’y intéressera que lorsqu’elles tournent au macabre (Dance for the Devil, 2024) ou à un épisode tristement viral comme la performance de Raygun.
Mais on peut trouver notre compte ailleurs !
D’ailleurs chez Hippoh on avait fait une petite sélection de films et de documentaires sur la danse dispos gratuitement en ligne, et issus de plateformes publiques ou de médias indépendants, à retrouver ici !
